La (sur)dépendance affective

La (sur)dépendance affective

Suite à de nombreuses conversations, de cours sur le sujet et de réflexions personnelles, j’ai décidé d’écrire un article sur ce que j’appelle communément la dépendance affective et les conséquences que cela implique. Evidemment, c’est un article qui n’engage que moi et qui se calque principalement sur mes expériences et mes observations personnelles. Je ne cherche pas non plus à être exhaustive, on pourrait en débattre pendant des heures. Il s’agit simplement d’une réflexion et j’espère qu’elle pourra éclairer certains sur le sujet.

Pendant mon adolescence, et jusqu’à l’an passé, j’avais tendance à considérer, inconsciemment ou non, les relations amoureuses comme des relations d’extrême dépendance. Avec le recul, je ne pense pas que j’avais pour but d’être complètement dépendante de l’autre (c’est rarement un choix je pense), mais je le suis devenue petit à petit. Et le devenir te fait progressivement mourir à petit feu dans la relation. Progressivement, ton toi s‘efface au profit d’un nous qui surplombe littéralement tout ce que tu aurais entrepris de toi même.

Dans ma relation la plus longue et la plus impliquée, je me suis retrouvée dans une situation telle que l’avenir sans cette personne me paraissait inimaginable. Evidemment, quand on aime une personne, il est difficile de concevoir une vie « sans elle ». Mais la relation est arrivée à un point où chaque instant de ma vie était calqué, millimétré sur cette autre personne. Mes projets professionnels, scolaires, mes envies de voyages, mes hobbies étaient entièrement délimités par le planning de ma relation. Je ne m’en rendais pas compte. Mais je commençais petit à petit à m’exclure de mes cercles, à aller de moins en moins vers les autres, à refuser de nouvelles ambitions. Je m’enfermais dans cette relation comme un espace vital, une maison, un cocon dans lequel rien ne pouvait m’arriver. A une période de la vie où les choix qu’on doit faire auront un impact sur toute notre vie future, c’est très dangereux de se fermer toutes les portes pour une seule et unique personne. Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire de compromis, c’est la base. Mais dans ce cas, j’avais plutôt l’impression de m’effacer complètement, non pas au profit d’une personne, mais au profit d’une relation qui au final ne me rendait pas heureuse puisque je n’embrassais pas mes propres vocations à leur maximum. A un moment, j’en étais rendue à me demander si je n’étais pas en couple avec une personne, mais avec une situation, une habitude. J’étais dépendante de la persistance de cette relation, de cette situation, sans laquelle j’avais l’impression que je n’aurais plus de repères, plus d’avenir. Je me sentais vide et la seule chose qui m’emplissait était ce status-quo.“

« L’amour, c’est la dépendance de l’indépendance. » (George Perros)

Le fait est qu’avec le recul, j’ai réalisé d’où venait cette conception malsaine des relations. Je pense qu’elle provient avant tout d’un manque d’estime de moi-même. J’ai foncé tête baissée dans plusieurs relations, notamment la plus importante, parce que c’est arrivé à un moment où j’avais besoin de quelqu’un. J’avais besoin d’être rassurée, j’avais besoin de traverser des épreuves avec quelqu’un et je me sentais seule. Comme si j’avais un besoin vital de validation de ce que j’étais et comme si je ne pouvais pas m’auto-satisfaire et m’auto-suffire. Le fait est que, évidemment, et c’est humain, on cherche toujours de près ou de loin l’approbation des autres. Du moins si on ne la cherche pas ( » je m’en fiche de ce que les autres pensent de moi, c’est ma vie »), elle fait toujours plaisir. Je suis quelqu’un qui a longtemps cherché cette approbation d’autrui. Et c’est ce qui a fait que je me sentais défaillir dès lors que j’imaginais ma vie sans cette personne. La rupture a été salutaire dans le sens où je me suis rendue compte du chemin que j’avais parcouru et je touchais enfin du doigt le pourquoi du comment. A partir du moment où j’ai finalement eu le courage de mettre un terme à cette relation, j’ai réalisé que j’étais finalement capable de faire mes propres choix, des choix qui n’impactaient que moi et qui me rendaient heureuse parce que c’est moi qui les avais choisis. C’est peut-être égoïste. Mais on vit avant tout pour soi. Pour une fois, je voyais l’étendue des possibles qui s’offrait à moi, je ne mettais aucune barrière si ce n’est celles qui existaient naturellement dans ma personnalité ou mes capacités. Et à mesure que je ré-apprenais à embrasser mes propres choix, cette étendue des possibles ne s’est qu’élargie davantage. Et c’est très libérateur de se rendre compte qu’on est seul responsable de sa vie. Très libérateur aussi de se rendre compte que les seules limites qu’on a le droit de s’imposer sont le fruit de notre propre volonté et pas d’une situation qui nous ronge de l’intérieur. Je ne dis pas qu’il faut rejeter les relations parce qu’elles nous empêchent d’être nous-mêmes et parce qu’il faut apprendre à coopérer et, des fois, faire des choix qui ne nous conviennent pas à 100%, au contraire! Mais c’est une connaissance de soi qu’il est essentiel de maîtriser pour s’engager dans une relation saine. Ce sur quoi je vais revenir dans mon dernier paragraphe.

« Il ne dépend que de nous de suivre la route qui monte et d’éviter celle qui descend. » (Platon)

Cette remise en question m’a permis de réaliser que pour s’engager dans une relation vouée à durer, une relation où l’on s’épanouit pleinement, il fallait apprendre à être en paix avec soi-même. C’est facile de retourner sur des sentiers que l’on connaît déjà, c’est une sécurité qui ne nous challenge pas. Mais pas quand on en arrive à perdre qui l’on est. C’est pour cela que j’arrive aujourd’hui à concevoir les relations comme des « bonus » dans ma vie. J’ai appris à m’estimer, à connaître mes atouts, à me rendre compte que je pouvais apporter quelque chose de significatif dans la vie de mes proches ou dans mon parcours professionnel. J’ai appris à me sentir importante. Evidemment, on ne peut pas être apprécié de tous ni apprécier tout le monde. Tout est une question de compatibilité. Nos traits saillants ne seront pas forcement ceux qui correspondront à tout un chacun, mais ils correspondent à ceux avec qui on choisit de passer nos vies, et c’est bien là l’essentiel. En d’autres termes, il faut apprendre à s’auto-suffire, à s’épanouir par soi-même. Je pense, et cet avis n’engage évidemment que moi, qu’il faut d’abord être heureux dans sa propre vie, avant de choisir de la partager avec quelqu’un. Si on est mal, triste, mécontent d’une situation, il faut avant tout trouver une solution pour « aller mieux ». Et cette solution ne doit pas être de se reposer sur quelqu’un: le risque est trop grand de faire dépendre exclusivement sa propre plénitude de cette personne-là.

Je conçois aujourd’hui les relations amoureuses comme un surplus de bonheur. Partager sa vie avec quelqu’un c’est s’ouvrir à de nouvelles choses, passer de bons moments avec quelqu’un qu’on a choisi pour son entièreté et parce qu’on a le sentiment qu’elle nous correspond. C’est aussi apprendre à repousser ses limites, mais dans le bon sens du terme. Apprendre à se surpasser et à devenir meilleur. Mais cette dynamique positive ne peut que s’insuffler si les fondations sont saines et stables. “

« Le vrai bonheur ne dépend d’aucun être, d’aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous. » (Dalaï Lama)

 

A bientôt,

Mathilde



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