De l’importance de prendre des risques

De l’importance de prendre des risques

L’aversion pour le risque est définie, non pas comme un rejet définitif et inconditionnel du risque, mais comme la tendance à n’accepter de prendre ce risque, que si sa finalité est supérieure, du moins équivalente à la prise.

J’ai l’impression que nous sommes à la fois dans une société de confort, de rapidité et dans une peur, voire un rejet radical, de l’échec. Comme si chaque aspect de notre vie devrait être parfait autant dans sa réalisation que dans sa finalité. Ce qui nous amène à développer pour une majorité d’entre nous, une aversion pour le risque. Ce constat pourrait peu ou prou s’appliquer à nos vies professionnelles, comme à nos vies sentimentales. Parfois source d’apaisement, il empêche parfois (souvent) la réalisation de bonheurs simples et accessibles.

Si la peur de la prise de risque dans la vie professionnelle est moins contestable, au vu de la loi du marché et des conditions de travail actuelles, je m’attarderai davantage sur l’aspect sentimental. Parce que s’il y a bien une chose qui ne dépend que de nous, ce sont nos sentiments, ce que nous ne laissons ressentir, ce que nous acceptons et ce que nous rejetons.

Un ami plus âgé m’a donné une clé d’analyse il y a quelques temps et sa phrase résonne en moi chaque jour un peu plus : « Tu sais à ton âge (20-24 ans), les hommes sont souvent perdus, ils ne savent pas ce qu’ils veulent, ce qu’ils recherchent, ils ont toujours l’impression qu’ils trouveront mieux ailleurs. » Bien sûr ce n’est pas une généralité, mais j’ai le sentiment que cette anecdote se confirme de jours en jours.

Comme dit précédemment, nous sommes dans une culture à la fois de confort et de rapidité. On est dans une recherche constante de l’agréable, sous couvert d’une fausse volonté de simplicité, et il faudrait que tout aille vite, que tout se fasse rapidement. On n’a plus le droit de tergiverser, de se poser des questions. Il n’y a plus de place pour la réflexion. Plus concrètement, il faudrait que le feeling passe tout de suite, que la relation soit construite instantanément. Sauf que l’amour n’obéit à aucune règle. Il n’y a pas de mode d’emploi livré avec les sentiments et un process dédié à suivre pour le faire fonctionner.  Ainsi, cette quête de l’amour au même titre que n’importe quelle commodité néglige bien des aspects, notamment de temps.

Où est donc passé le cheminement de développement des sentiments ? L’évolution de la relation ? Où trouve-t-on son plaisir, si ce n’est dans l’élaboration progressive d’une intimité, d’une connexion, à laquelle on n’aurait pas forcément cru au premier regard ? Le fait est que je crois autant au coup de foudre qu’au développement progressif des sentiments et à l’apprivoisement d’un autre au fur et à mesure des rencontres. Il y a dans la relation humaine cette notion essentielle et merveilleuse de l’apprentissage et de la découverte. Apprendre à comprendre l’autre, apprendre à saisir l’autre, apprendre à voir au-delà du masque qu’on s’impose et qu’on impose en société. Et c’est cet effacement progressif du masque, qui fait qu’on tombe, petit à petit, en amour de cet autre.

Le véritable souci, c’est qu’on a parfois tendance à mettre nos interlocuteurs dans des cases, à s’attacher aux premiers aperçus, sans leur laisser le temps de faire tomber ce masque. Mais dans une relation, il faut aussi se challenger et challenger l’autre. Ne plus avoir peur de parler de ses sentiments. Comme si l’on fuyait avant d’engager son amour-propre, avant de prendre le risque d’être heureux. On se tourne alors vers des relations dites plus « simples », sans prise de tête, vers des moyens de contourner l’engagement. Ou vers des gens plus simples, qui ne font pas de vagues, c’est moins stimulant, mais c’est plus doux. Je suis une grande passionnée de la passion et je crois qu’il n’y a aucun autre sentiment sur Terre qui ne devrait autant gouverner nos actes.

“Une passion ne souffre ni organisation ni prévoyance ; elle n’est que folle témérité, risque et spontanéité.”

Alain Gagnon

Il y a des personnes sur cette Terre qui ont la capacité de démontrer une insensibilité sans commune mesure à l’égard des relations humaines. En d’autres termes, des gens qui arrivent à partager des moments forts, charnels, intimes avec quelqu’un, et réussir à agir mécaniquement et à en avoir « rien à foutre ». Grand bien leur fasse ! J’aimerais bien des fois ne pas tout ressentir puissance 1000. Mais je ne serai jamais de cette école-là. Je finis toujours par m’attacher. Alors je ne dis pas que les relations légères sont vouées à l’échec, mais je pense, et surtout dans mon cas, qu’elles ne sont au final qu’une passerelle, qu’une étape de découverte de l’autre et qu’elles sont un moyen et non pas une fin en soi, de s’approprier un corps, une âme, une connexion.

J’entendais dans un podcast récemment qu’à une époque le sexe était tabou mais qu’aujourd’hui, ce sont plutôt les sentiments. Comme si l’indifférence et la légèreté étaient une victoire. Montrer qu’on est indépendant, qu’on n’a pas besoin de quelqu’un d’autre que de soi-même, pour se prouver qu’on ne tombera jamais dans les filets de l’autre.

Je pense qu’il est aussi essentiel d’apprendre à prendre son temps. Tout le monde n’a pas la même temporalité, pas le même timing. Deux personnes n’en sont pas toujours à l’exact même point de leur cheminement. Mais ça ne veut pas dire qu’elles n’aspirent pas à la même finalité. Chacun vient avec son passé, ses expériences, ses peurs et ses espérances. Si quelque chose compte réellement pour nous, il faut accepter de se calquer un peu sur la musique de l’autre. Et c’est un élément essentiel je pense, parce que combien de personnes ont déjà interprété un délai de réflexion, un écart de réciprocité comme de l’indifférence ! Encore une fois, il faut communiquer. Personne n’est dans votre tête : si tu as des questionnements, des incompréhensions, des malentendus, demande. Une personne qui tient à toi te donnera toujours les clés de compréhension de son monde.

Pour en revenir au risque, je pense qu’il est fondamental d’accepter la nécessité du temps et des remises en question pour pouvoir en retour, accepter d’en prendre. Le résultat n’est jamais certain. Mais le résultat n’est pas binaire : on ne prend pas le risque d’être heureux ou le risque d’être malheureux. Sur le coup, évidemment, c’est tout ou rien. Mais l’avantage avec l’amour et les sentiments, c’est que le résultat d’une prise de risque n’est jamais nul. A l’inverse d’une perte de gain, perdre un amour c’est gagner d’autres choses. C’est gagner un apprentissage de soi, gagner le sentiment d’être vivant et de ressentir profondément des choses. C’est gagner des bribes de joie, des effusions de satisfaction, qui, si elles n’aboutissent pas à une plénitude plus grande, seront toujours ça de pris dans la petite mécanique du bonheur qu’est notre vie.

Alors prenez des risques, tentez des choses, même si rien n’est sûr, même si rien n’est écrit.

Privilégiez la passion à la raison.

Extirpez-vous de vos affects moraux et déontologiques, allez au-delà du politiquement correct et des qu’en dira-t-on. Aimer et être aimé sont des sentiments humains bien trop importants pour les évaluer à des calculs pratiques et raisonnés. Surtout, ne choisissez pas la facilité au détriment du véritable bonheur. L’amour mérite qu’on se batte un peu, qu’on revienne en arrière, qu’on réévalue les choses. On avance toujours très bien tout seul. Mais l’amour mérite surtout qu’on prenne des risques quand on a le sentiment au fond de nous, que c’est ce qui nous ferait avancer plus vite et battre notre cœur un peu plus fort. Et puis tant pis si ça ne marche pas. Tant pis si ce n’était pas à la hauteur de nos espérances. On ne saura jamais la chance qu’on n’aurait ou pas manqué si l’on n’a rien tenté.

“Vous avez peur de vivre parce que vivre c’est prendre le risque de souffrir.”

Alain Desjardins



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *