Une année d’échange universitaire au Canada

Une année d’échange universitaire au Canada

Il y a quelques jours je « fêtais » mes 4 mois de retour en terres alsaciennes. Un été que je n’ai tout bonnement pas vu passer et le Canada me paraît déjà si loin. Comme une parenthèse enchantée dans ma vie qui n’a pas vraiment existé. Ce sont aussi quatre mois pendant lesquels j’ai eu le temps de retrouver mes marques et de prendre du recul sur cette année universitaire passée à l’étranger. Recul nécessaire pour vous pondre aujourd’hui ce petit article « bilan », même si je ne vais pas être exhaustive et que, comme toujours, j’écris au feeling, donc je vais sûrement omettre des choses.


L’échange

Présentée souvent comme ‘la meilleure année de votre vie’, je ne dirais pas que cette année à l’étranger fut la chose la plus extraordinaire qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à présent. Mais une année d’échanges a une saveur tellement particulière que je crois plutôt qu’elle se qualifierait d’inclassable.

Je n’ai pas envie de paraître condescendante et de faire la petite privilégiée exigeante à râler sur son échange. Je mesure très bien la chance inouïe que j’ai eue de pouvoir partir m’expatrier comme ça à seulement 20 ans. Mais ça m’énerve d’avoir l’impression de devoir paraître complétement enchantée de cette année et de ne voir aucun point négatif. On ne vit pas tous le changement, l’éloignement, l’adaptation culturelle de la même façon et je n’ai pas envie de cacher que, pour moi, tout n’a pas été si rose ! Il m’est arrivé plusieurs fois de « mal vivre » cette année et d’avoir envie de rentrer, pas de façon constante mais plutôt par vague : au tout début quand je ne connaissais personne, au milieu des semestres quand les dynamiques s’estompaient, quand l’hiver s’étirait…Après j’ai plus souvent été heureuse que malheureuse, mais c’est important de le souligner quand même !

Une année loin de chez soi, surtout quand on a peu déménagé ou quitté le domicile familial, c’est compliqué. Il y a beaucoup de paperasses administratives, de choses à organiser, des fois des choses auxquelles on ne pense pas, des galères de logement, surtout dans un pays comme le Canada où on est vraiiiimeeent pas à l’abri de mauvaises surprises (#punaises de lit, #insalubrité, #colocquicongèledestêtesdecaribou), même si j’ai personnellement eu extrêmement de chance de ce côté-là. Le plus dur pour moi a été de faire fi de ma vie en France et de m’intégrer pleinement dans une nouvelle routine. Je suis quelqu’un de plutôt organisée et capable de me débrouiller seule sans trop d’encombres, mais j’ai eu beaucoup de mal à me détacher de mes liens avec mes amis, ma famille. Je me disais souvent : « mais je n’ai pas besoin de ça ! J’adore ma vie en France, pourquoi je dois recommencer quelque chose ailleurs ? » Et c’est une façon de penser qui nous bouffe de l’intérieur parce que quand on a un pied en France, on n’arrive jamais vraiment à plonger tête baissée dans notre nouveau pays. Souvent j’avais l’impression de « perdre une année » à profiter de ma « vraie vie ». C’est une idée, peut-être un peu absurde, qui m’est revenu souvent : comme si le Canada ne représentait qu’une étape, que ce n’était pas la vraie vie, et que je ne pouvais du coup pas faire de projet, je ne pouvais pas voir plus loin que ces 8 petits mois. Et vous me direz ce n’est pas grave ! Mais j’avais vraiment le sentiment d’être à un moment de ma vie où j’avais une idée claire de mon avenir, pleins de projets à mettre en œuvre, pleins de choses à découvrir sur moi et sur les autres en France, que j’avais le sentiment d’être bloquée au Canada et de perdre mon temps. C’est hyper frustrant et, avec le recul, j’aurais dû plutôt me concentrer sur tout ce que le Canada a pu m’apporter au quotidien dans mon « futur moi ». En fait, tous ces projets, ce dynamisme que j’avais était beaucoup lié au fait que je gagnais énormément en maturité à force d’être à l’étranger, et je n’aurais sans doute pas eu ce regain de motivation si j’étais restée dans ma routine. Sauf que ça, je ne me rendais pas compte.

En effet, une année à l’étranger nous fait prendre 5-10 ans de maturité à vitesse grand V. Avant de partir, j’avais beaucoup de travail à faire sur moi-même, au niveau de ma confiance en moi et de mon estime de moi surtout. Je suis contente de dire aujourd’hui que j’ai fait des pas de géants de ce côté-là : je suis plus avenante, j’ai beaucoup moins peur d’aller vers les gens, de m’exprimer en public. J’ai vraiment appris à me défaire de mes petits complexes d’ado et surtout de m’extirper du regard des autres. Parce que, qu’on se le dise, au Canada, tout le monde s’en bat les reins de notre façon de nous habiller, de ce à quoi on ressemble. L’essentiel c’est le message qu’on a à porter et c’est à peu près tout. Je n’aime pas tout dans cette culture, mais le non jugement systématique est très très appréciable surtout quand on est habitué à la France ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je pense qu’en tant que français, on a le jugement dans les gènes, et que celui qui n’a jamais jugé quelqu’un me jette la première pierre. Mais c’est très apaisant d’évoluer dans ce climat-là, pour une fois.

On grandit aussi rapidement parce qu’on apprend à se débrouiller seuls, sans parents, sans amis, sans repères. J’ai toujours eu très peur de faire des choses seule ou inconnues. On guérit très vite de ça une fois qu’on est livré à nous-même. On apprend aussi énormément à s’organiser. On se motive à faire pleins de choses différentes. Dans un pays grand comme le Canada, on est deter à faire 10h de route pour deux jours de week-end ce que perso je ne fais pas forcément en France. Mais le syndrome se perpétue au retour ; j’ai terriblement la bougeotte depuis que je suis rentrée et j’aurais envie de faire 1000 choses et d’aller à 1000 endroits.

Avant tout, on apprend surtout la tolérance et l’ouverture d’esprit. On sort tellement de notre zone de confort, on rencontre des gens si différents qu’on réalise à quel point on est loin du compte dans notre petite vie auto et ethno centrée.

Evidemment, ce que j’ai adoré, ce sont les relations que tu tisses sur place. On arrive tous seul avec notre valise, notre larme à l’œil et nos 24kg de fringues qui ne suffiront de toute façon pas pour l’hiver. Mais on finit par se souder comme jamais, parce qu’au final c’est tout ce qu’on a. J’ai une relation avec mes potes d’échanges sans commune mesure. On se construit une vraie petite famille, avec qui on fait tout du matin au soir. Avec ces potes-là, on passe par tellement d’étapes, d’angoisse, de joie, de gêne, de stress, de panique, de perte de dignité extrême, qu’on devient réellement sans filtre. Et ça se perpétue encore après. On vit avec eux des choses tellement dingues que ça te soude à jamais. Alors si vous lisez ça les gars sachez que je serai ravie de refaire une soirée tous ensemble à la Lux ! J’ai rencontré des gens au Canada avec lesquels je me sentais profondément moi-même et avec qui j’étais libre d’évoluer comme je le souhaitais. Et si j’ai beaucoup grandi et pris du recul sur moi cette année, c’est aussi grâce à eux.


Le pays

Je ne vais pas me faire que des amis, mais j’ai choisi le Canada pour me faire ma propre idée du pays dont tout le monde parle. Ma petite expérience là-bas m’a permis de déconstruire pas mal d’idéaux sur ce « nouvel éden », aux dires de beaucoup de français/européens. Bon qu’on se le dise, je n’ai pas trop aimé le Canada. Enfin, je ne vais pas généraliser, mais je dirais l’Ontario et le Québec. Je n’ai pas trouvé de « villes » coup de cœur sur place dans lesquelles je me verrais vivre. C’est un pays quasiment « sans histoire », et ça se ressent : pas vraiment de vieille ville, de lieux pittoresques, comme on le retrouve en Europe. Même Montréal dont tout le monde parle : je trouve cette ville un peu décousue, rien ne va ensemble, il n’y a pas vraiment d’âme, de personnalité. Je la trouve un peu fade, mais c’est la ville la plus dynamique du coin quand même. Québec c’est très beau, mais on fait le tour en trois minutes 50.

Je ne savais pas à quoi je m’attendais mais c’était extrêmement américanisé. La société de consommation à outrance, la pollution, tout trop grand, trop imposant, trop de fioritures et de faux-semblants, les standards alimentaires douteux, les voitures partout, la fausse mozzarella et les gobelets Starbucks greffés au bras…Tout ce que je n’aime pas aux USA, je l’ai retrouvé ici avec des -30 degrés en janvier en plus. Pour la météo j’abuse, parce que le climat a été plutôt clément cet hiver (on s’habitue vite à penser que lorsqu’il fait -6 degrés, on trouve qu’il fait bon). Je n’ai pas spécialement souffert du froid à part les dernières pluies verglaçantes au moins d’avril qui n’ont pas fait du bien au moral quand le thermostat affichait 20 degrés en Alsace. En termes de paysages, l’est canadien n’est pas hyper diversifié et, hormis la neige en hiver, les plaines et les forêts ressemblent grosso modo à ce qu’on a chez nous.

La relation avec les Canadiens est aussi plutôt compliquée, j’en parlais déjà dans cet article et mon avis n’a pas trop changé. On a une approche en France complétement différente, je dirais presque que la logique est inversée. C’est-à-dire que les Canadiens sont beaucoup plus avenants et ouverts à l’autre, mais il est beaucoup plus difficile d’instaurer une amitié durable et profonde. Après, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer trop de Canadiens. Mais il en ressortait un sentiment un peu d’hypocrisie ambiante que je n’ai pas trop aimé. La surpolitesse dans les lieux publics m’a un peu exaspérée, je n’arrivais pas trop à me placer, à savoir si c’était sincère ou simplement culturellement ancré. Des fois je préfère qu’on ne me regarde pas et qu’on le pense plutôt que de me demander comment je vais aujourd’hui alors qu’on s’en fiche haha. Les Canadiens, surtout les québécois, sont extrêmement fiers et chauvins de tout en général et surtout de la poutine alors que ça casse pas trois pattes à un canard (et très déconseillée avant une soirée arrosée).

Après, comme je l’ai développé dans mon paragraphe plus haut, il y fait bon vivre. C’est un pays zen et apaisé, donc c’est plutôt sympa pour une année « off ». J’ai bien aimé Ottawa (même si tout le monde trouve ça moche et inutile) parce que ça avait un esprit village bien que ce soit la capitale. Les petites maisons aux briques rouges de mon quartier majoritairement universitaire donnaient un air de vacances. Tous les services étaient à proximité ce qui est agréable quand il fait froid. A 10 minutes à pied, on tombait sur pleins de petits cafés mignons dans lesquels on pouvait rester au chaud pendant des heures. La taille du centre-ville faisait qu’on avait pleins de QG, de petites madeleines de Proust éparpillées çà et là dans lesquelles on aimait se retrouver et où on avait vraiment la sensation de faire partie de cet endroit. Des fois on se regardait et on se disait, avec le recul, que c’était vraiment fou d’être là, d’avoir un pied à terre dans une ville si loin de chez nous, d’être un membre à part entière de cet univers pourtant si différent du nôtre.

Voyager au Canada est aussi très compliqué : les vols internes sont chers, les distances sont très longues, les transports en commun peu développés et les voitures difficilement louables avant 21 ans voire 25 ans. Le covoit est à privilégier pour la majorité des trajets pour optimiser votre temps. Sinon, le bus aussi mais il relie surtout les grandes villes. C’est donc très compliqué de faire des sorties nature sans voiture. Pour le même budget, j’aurais pu beaucoup plus et mieux voyager dans d’autres pays comme en Europe, ce que j’ai un peu regretté.

Et puis y a pleins de resto végé donc c’est cool. Pour la partie alimentaire, vous pouvez relire mon article ici.

 


L’université

Puisque qu’à ce qu’il paraît j’étais quand même venue ici pour étudier, j’ai passé un petit peu de mon temps (mais pas trop quand même) dans mon grand campus à l’américaine. Tout y passait : pleins de bâtiments, grandes bibliothèques, supermarchés, fast-food, boutiques du campus, associations, salles de sport, piscine, stades. Un vrai petit village au cœur de la ville.

Je ne suis pas hyper fan du système scolaire canadien et les cours n’étaient pas très « poussés ». J’ai pu me faufiler tranquillement et ressortir avec de très bonnes notes sans lever le petit doigt tout au long de l’année. Mais j’ai adoré avoir beaucoup de temps libre pour m’occuper davantage de moi, avoir le temps de faire du sport, de cuisiner et gérer mon travail comme je l’entendais. J’ai aussi pu explorer pas mal de sujets qu’on traite peu en France comme les réseaux sociaux, les théories féministes ou les relations personnelles. C’était très éclairant et l’objet de beaucoup d’auto-psychanalyse haha. D’où la floraison d’articles de « développement personnel » que j’ai pondu à ce moment-là.

Pour finir, je crois que le point d’orgue de mon année a été mon voyage à New York. Etre capable de m’acheminer en bus dans cette ville qui me faisait tant rêver, d’organiser tout mon petit trip moi-même, après une année riche en émotions. Me balader avec des amis mais aussi des gens que je ne connaissais même pas dans cette ville à l’autre bout de chez moi, a été un choc émotionnel énorme. Et après quelques mois passés dans des villes qui ne me plaisaient pas trop, je retrouvais enfin une ville avec une âme et une dynamique sans commune mesure. J’ai vraiment hâte d’y retourner un jour.

Voilà pour ce petit bilan, long mais pourtant loin d’être exhaustif. Pour conclure, je dirais que si vous avez la possibilité de partir étudier ou travailler ou faire un stage ou que sais-je à l’étranger, faites-le ! Mais choisissez bien votre pays. Je n’ai pas envie de regretter mon choix, parce que j’ai fait des choses au Canada que je n’aurais sans doute pas faites ailleurs. J’ai rencontré des gens aussi à Ottawa que je n’aurais pas rencontré ailleurs. Mais j’aurais peut-être mieux vécu cet échange si j’avais trouvé un pays qui me correspondait à 100%. Organisez-vous bien aussi, et ne négligez pas l’administratif, parce que ça vous épargne des heures de galères pendant lesquelles vous auriez pu profiter de votre échange au maximum.

En tout cas, que vous soyez en France ou ailleurs, gardez en tête que la tolérance et l’ouverture d’esprit sont les meilleures clés de notre génération !

A bientôt,

Mathilde

Vous pouvez retrouver tous mes articles sur le Canada dans l’onglet Voyages du blog.



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