L’orthorexie kesako ?

L’orthorexie kesako ?

« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » (Molière)

Hello,

Je vous retrouve aujourd’hui pour parler d’un sujet un peu perso mais qui me tient à coeur: l’orthorexie.

Par avance, je voulais juste préciser que je ne fais pas ça pour qu’on me plaigne. Je ne prétends pas avoir la science infuse, encore moins être médecin. Néanmoins, si je pouvais avoir la prétention que partager mon expérience a pu aider au moins une personne, j’en serais très heureuse.

Les proches qui me connaissent bien savent que j’entretiens une passion sans faille à la nourriture. Ils savent aussi que j’adore cuisiner, découvrir de nouveaux restaurants et partager de bons repas. Mais mes proches savent beaucoup moins que j’entretiens, du mois j’entretenais, un rapport plutôt malsain à la nourriture.

Mon expérience avec la nourriture et ma santé a connu beaucoup de phases différentes. D’abord terrifiée à l’idée de prendre du poids et de ne pas réussir à mincir,  j’en étais venue à être horrifiée du « trop gras, trop salé, trop sucré ». Chaque invitation à manger à l’extérieur était devenue un calvaire. Chaque aliment trop huileux une conspiration. Chaque petit plaisir ingurgité entraînait des crises de panique. J’ai toujours eu une tendance à grossir facilement, mais j’ai aussi toujours fait du sport.  Je n’ai pas de métabolisme qui me permet de manger sans compter. Néanmoins, mon approche avec la nourriture a changé à partir du moment où je suis allée voir une diététicienne.

La découverte de la diététique

Avec la diététique, j’ai appris à m’alimenter correctement et en quantités suffisantes. Parce que ce n’est pas tout de manger sain, mais si on ne mange pas assez, chaque écart fait l’effet d’un boomerang sur votre corps. Pour la première fois de ma vie je mangeais plus, je me faisais plaisir parfois et je perdais du poids. Et petit à petit, mon intérêt sur la nutrition s’est énormément développé et j’ai appris beaucoup sur le pouvoir des aliments. J’ai appris comment équilibrer une assiette. J’ai découvert le végétarisme. J’ai fait des association surprenantes. Je me suis mise à la cuisine. Ce n’était pas un régime, mais l’instauration d’un nouveau mode de vie, plus sain, et qui me permettrait de ne pas reprendre du jour au lendemain tous les kilos perdus. Presque trois ans après, mon poids est toujours aussi stable.

Grâce à ce mode de vie, j’ai appris le bonheur de se sentir bien dans son corps. Je ne dis pas qu’il faut être mince pour être heureux, mais c’est ce qui me rendait heureuse moi. Mais le cercle du manger sain peut s’avérer aussi vertueux que vicieux. Je suis tombée dans ce qu’on appelle communément « l’orthorexie ». Alors évidemment, je ne suis pas super fan de cette tendance à vouloir tout étiqueter et labeliser. Mais il faut appeler un chat un chat, et souvent il est plus simple pour les personnes qui en sont atteintes de s’identifier à un mot, un terme, un trouble.

L'orthorexie késako?

Wikipédia (oups) définit l’orthorexie comme:

« Un ensemble de pratiques alimentaires, caractérisé par la volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains (malbouffe). Ce terme a été introduit en 1997 par le Dr Steven Bratman qui propose de considérer cette pratique comme un trouble des conduites alimentaires(anorexie, boulimie). Il affirme que, dans de rares cas, ce comportement peut se transformer en une fixation si extrême qu’elle peut conduire à une malnutrition ou un isolement social.« 

En gros, l’orthorexie c’est être obsédé par le manger sain. C’est passer son temps à déchiffre l’étiquette des aliments. C’est reposer un produit quand la quantité de sucre aux 100gr est trop élevée. C’est s’interdire tout ce qui est trop gras, trop sucré, trop salé. Et l’orthorexie c’est aussi dans des cas extrêmes, s’isoler socialement. C’est ramener ses propres repas à chaque fois, refuser une sortie au restaurant, refuser un dîner entre ami. Et l’orthorexie c’est aussi regretter un lâcher prise, regretter un plaisir.

Bratman a mis en place un test qui permet de définir si on est atteint d’orthorexie ou pas, vous pouvez le trouver en version interactive ici. En principe, si vous répondez oui plus de 4 fois, il est possible selon lui que vous entriez dans le spectre.

La définition parle assez d’elle-même mais je vais vous livrer ma part du gâteau. A partir du moment où j’ai appris à manger sain pour conserver un corps satisfaisant pour moi, c’en est devenu une obsession. J’étais focalisée sur ce que j’allais manger, je ne sortais pas sans savoir s’il y avait une option adaptée à mes besoins nutritionnels, je ne choisissais pas sur la carte d’un restaurant en fonction de mes goûts, mais en fonction de « si le plat rentrait dans mon programme ». Les aliments n’étaient plus que des apports caloriques, des quantités de nutriments, des diurétiques, des indices glycémiques. Je passais des heures au supermarché à analyser chaque étiquette. Je commençais à m’intéresser à tous les régimes: sans gluten, sans produits laitiers, paléo. J’étais à la recherche du mode de vie parfait. Mais ça n’engendre que la frustration parce qu’il n’y en a pas. Ma vie est devenue un contrôle sans précédent, si bien que je préférais rester à la maison que d’aller à une soirée imprévue. Parce que oui je continuais à sortir, mais il fallait que ce soit prévu à l’avance pour que je puisse adapter mon planning sport et repas à cet « excès ». Je sais pertinemment qu’une pizza le mardi et un burger le samedi ne vont strictement rien changer. Je sais pertinemment que si je fais attention le dimanche, et que je reprends mes habitudes, tout roule. Ma mère exaspérée me demandait des fois avant un resto organisé à la dernière minute « il te faut une invitation spéciale?« . Bah en fait oui, il m’en faut une.

Et maintenant?

Je parle au passé mais toute cette obsession n’est pas derrière moi. Je dirais que ça va mieux. Je dirais que j’arrive des fois à prendre sur moi. Je dirais que j’arrive à profiter. Mais c’est encore dur de lâcher prise. C’est encore dur de gérer les blocages psychologiques que ça engendre. J’étais si malheureuse « avant », que j’ai l’impression à chaque écart de gâcher tous les efforts que j’avais fait. Un retour en arrière est un abandon, un échec. D’un côté, j’aime avoir le contrôle. J’aime savoir que je m’alimente sainement. J’aime savoir que je fais du bien à mon organisme. Mais je sais que c’est une sensation biaisée, une illusion de bonheur. Un bonheur qui tient à peu à cause de tous ces effets pervers. Ce serait mentir de dire que je n’ai pas envie des fois d' »être comme tout le monde », de rejoindre les autres et d’en « avoir rien à faire ».

Je ne vais certainement pas vous faire la morale et vous dire: arrêtez de vous focaliser sur la nourriture, il y a des choses plus graves qu’un kilo en trop. Bien sûr que c’est le cas. Mais dans mon cas, ce n’est pas seulement le poids qui me motive, mais simplement être en bonne santé. Avec les scandales alimentaires, l’environnement, les maladies qui se multiplient, et mon acné aussi, il est essentiel pour moi de ne pas « manger n’importe quoi ». Néanmoins, je conçois qu’il faudrait que je sois moins rigide. Je conçois qu’il faille des fois lâcher prise, parce qu’après tout on ne vit qu’une fois. On ne profitera pas de ses proches toute notre vie. On ne sera pas en voyage à l’autre bout du monde tous les jours non plus. Il est essentiel de trouver un équilibre. Finalement, manger gras de temps en temps est plus sain que de se focaliser sur le sain continuellement. J’espère trouver un équilibre bientôt!

Pour en rire, avec le recul, je vous conseille d’aller faire un tour sur ce Tumblr. Chaque personne atteinte de près ou de loin peut se sentir visé dans ces moments du quotidien.

Et vous, quel est votre rapport à la nourriture?

Bisous,

Mathilde



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